This is why we can’t have nice things…

Je vais commencer par vous poser une question, très simple :

Êtes-vous heureux?

 

Parce que pas moi, putain. Mais alors pas du tout. Il y a beaucoup trop de choses dans ce monde qui me donnent envie de péter des gueules par paquets de treize et de cramer des gens au lance-flammes. Manque de bol, j’en ai pas sous la main.

Mais bon, je ne suis pas là pour commettre un génocide (encore que)… Plutôt pour faire un constat. Et un constat pas vraiment reluisant pour le coup.

Nous vivons dans ce beau pays qu’est la France. Le pays des Lumières, le pays des Droits de l’Homme, où chaque citoyen a voix au chapitre. En théorie. Parce que dans la pratique, c’est quand même une autre mayonnaise.

On parle quand même d’un pays qui depuis quelque mois (et encore, je suis gentil) marche sur la gueule de ses citoyens sans vergogne, et sans même en être désolé. La Loi Travail… Parlons-en, tiens : encore un nouveau projet de loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises »… C’est bon pour vous qu’on vous dit, bordel. Écoutez-nous un peu…

Alors bon, même s’il faut reconnaître que depuis le début de la grogne populaire le texte a été modifié et que le « gouvernement » (désolé, j’ai du mal avec ce mot) a reculé sur les parties les plus bourrines, il n’en reste pas moins que l’essentiel est là : plus de flexibilité de la part du salarié, et plus de libertés pour la direction. Et si le premier n’est pas d’accord avec le second, le mot d’ordre est « Ta gueule ou dégages. » Au choix.

(Niéhéhé! Notre plan marche à merveille, Minus!)
(-Niéhéhéhéhé! Notre plan marche à merveille, Minus!)

Mais bref. Je ne suis pas ici pour redire ce qui a été dit partout sur les écrans et dans les journaux. Pour ceux qui ont encore besoin d’explications, je vous invite à aller jeter un coup d’oeil par là (Loi Travail). C’est expliqué de manière à ce que même un fervent spectateur de Touche pas à mon Poste puisse comprendre.

Non, ce projet de loi n’est qu’une goutte d’eau de plus dans un vase rempli à ras bord. Rempli d’abus envers les citoyens.

Parce que la sodomie sans vaseline, ça n’a rien de nouveau. Et je pourrais remonter jusqu’à la création de la Vème République pour l’illustrer si le coeur m’en disait, mais soyons réalistes : on a pas que ça à foutre. Non, deux mots suffisent pour montrer l’étendue des dégâts : « État d’Urgence ».

Je suppose que vous vous rappelez tous du mois de novembre 2015, des images, de l’horreur, du choc ressenti par une nation. À cette époque, messieurs Hollande et Valls nous ont bassiné avec l’importance de mener une « guerre contre le terrorisme » et d’instaurer l’État d’Urgence, seule chose qui pourrait sauver notre pays de la terreur. Pour le coup, ils ont été rapides, ça, y a pas à chier.

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Sauf qu’à l’heure où j’écris ces lignes (8 mois plus tard…) nous y sommes encore, dans l’État d’Urgence. Vous la voyez quelque part, vous, la guerre contre les méchants-pas-beaux qui veulent tuer la liberté d’expression? Moi, j’ai du mal. Ah par contre, des descentes de flics on en a vu, hein, et pas qu’un peu! Amnesty International a indiqué dans un rapport de février 2016 que plus de 3000 descentes et perquisitions ont été effectuées, avec pour résultat… 4 enquêtes préliminaires pour infractions liées au terrorisme, et une vingtaine pour « apologie du terrorisme » (1). Par contre, un peu moins de 500 enquêtes ont été ouvertes suites à ces descentes, mais pour des raisons qui ne touchent ni de loin ni de près au terrorisme. Cherchez l’erreur.

Oh, et c’est sans compter toutes les manifestations qui ont été interdites pour des « raisons de sécurité », ainsi que les associations dissoutes parce qu’elles représentaient un risque de dissension au sein de la nation (je pense notamment aux manifs contre la Cop 21 qui s’étaient faites ramasser la gueule proprement). J’imagine la scène au 36 : « – Bon, Michel, les écolos qui gueulent contre un sommet de pollueurs venu dire à la planète qu’il faut arrêter de polluer, tu m’les vire là, ça fait tâche. Ah et puis les mecs qui disent que le gouvernement bafoue leurs droits là, ben c’est pareil, tu m’dissous tout ça. On s’en bat les couilles qu’ils aient raison, c’est l’État d’Urgence on fait c’qu’on veut. Oh, et ce soir la tournée c’est pour moi, hein. »Viande-boissons-incruste-la-folle-journee-de-Manuel-Valls-au-salon-de-l-Agriculture

Grosse ambiance.

Et ce n’est qu’une infime partie des abus commis depuis ces derniers mois (on va pas en faire la liste, je pense que tout le monde a compris l’principe). Mais le pire dans tout ça, c’est que les gens s’en rendent de plus en plus compte, et expriment leur mécontentement de façon flagrante. Sans pour autant que les choses ne bougent. On nous répète que « La France va mieux », qu’il faut laisser les élus faire leur travail… Mais putain quels élus? Nos députés? Ceux sensés débattre des lois et les voter? Ceux qui étaient absents à 75% lorsque la question de prolonger ou non l’État d’Urgence s’est posée (2) ? Ceux qui passent plus de temps à passer sur les écrans qu’à bosser sur des propositions de loi?

Tenez, regardez les chiffres d’assiduité à l’assemblée nationale, qu’on rigole : http://www.nosdeputes.fr/synthesetri/1

Tous les Copé, Lemaire, Le Pen, Balkany, Guaino et consorts! Champions du Monde de l’absentéisme. Et il s’agit des même personnes qui passent sur les plateaux TV pour nous dire comment « redresser la France ». Des Jean-Foutre même pas capables de faire leur boulot correctement.

J’en entends déjà qui vont me dire « Oui, mais ils ont beaucoup de responsabilités sur leurs épaules, ils ont plusieurs fonctions, blablabla… » Mon cul, ouais! Accumuler les fonctions leur donne juste un plus gros salaire, point barre. Leur seule préoccupation c’est de se faire une belle gueule, de brosser leur sourire et de choper des votes! VOS votes!

 (Alors? Tu le sens bien, que j'ai changé, non? ET MAINTENANT J'METS L'POING!)
(Alors? Tu le sens bien, que j’ai changé, non? Attention, MAINTENANT J’METS L’POING!)

Alors quand j’entends des politocards nous dire que nos élus font du bon travail, ça m’donne envie d’aller jeter des bombes à l’assemblée (j’en profite pour passer un petit bonjour aux R.G., s’ils me lisent). Et encore, je ne parle que du législatif! Parce que dans l’exécutif, on a des bons champions aussi!

Entre un ministre de l’économie qui déclare un patrimoine à la baisse (3), un secrétaire d’état qui se trainait 18000 € de PV il y a quelques années (4) ou bien une ministre du travail qui ne connait pas sa copie (5), on est quand même dans le sublime! Et ça, c’est juste en cherchant deux minutes sur les internets, bordel!

Je veux dire, ils ne s’en cachent même pas : ce sont soit des incompétents, soit des escrocs, et pourtant ils dirigent le pays. Alors que lorsqu’un citoyen lambda commet une fraude, il est envoyé en prison manu militari. S’il se révèle incompétent dans son travail, il est viré. Aussi simplement que ça. Ça vous parait logique, vous?

(- Dis Manu, ça se voit que j'suis conne? - Ta gueule et souris, tu vas nous faire repérer!)
(-Dis Manu, ça se voit que j’suis conne? -Ta gueule et souris, tu vas nous faire repérer!)

Le pire là dedans, c’est que ça n’a absolument rien de nouveau. Depuis que je suis né, c’est ainsi que les choses se passent. Mais ce n’est pas pour autant une preuve que cela doit continuer.

L’année prochaine, le cirque recommence : on va encore entendre de beaux discours de pleins de gens, nous disant que « Celui qu’il faut pour sauver la France, c’est moi. » Votez pour moi bande de couillons, votez pour moi.

Tu peux crever, l’ami. Je n’ai voté qu’une seule fois dans ma vie, et on ne m’y reprendra plus jamais. Parce qu’à choisir entre une poire à lavement et un sandwich au caca (les vrais savent), je préfère ne rien choisir du tout, et continuer mon existence sans rentrer dans leur jeu. Et si jamais mon existence m’amène à croiser le chemin de ces héros de pacotille, c’est avec plaisir que je me ferais des chaussons avec leurs tripes et que je violerais leurs enfants avec des Karcher à haute pression. Pour le fun.

J’entends d’ici des voix s’élever, à dire « Han mais si tu votes pas, t’as pas le droit d’te plaindre, quoi. C’est à cause de gens comme toi que le FN prend de l’importance. » Et à ces gens je réponds que non, les abstentionnistes ne provoquent en rien la montée du FN (si vous voulez une preuve, c’est par là : 6, et 7), et que j’aurai préféré que leur mère les avale. Parce que comme disait un philosophe très connu : « C’est pas un homme politique qui résoudra vos problèmes personnels et affectifs ». Alors évite de me casser les couilles avec tes jugements à l’emporte-pièces, merci.

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Bref. Dans tous les cas, voilà où on en est : un pays où la majorité des citoyens conchie ses dirigeants et lutte contre eux tandis qu’une bande de bovins décérébrés écoute gentiment Jean-Pierre Pernaut parler de la Baie de la Somme tous les ans sans trop se poser de questions…

Qu’on choisisse de l’admettre ou non, notre pays (et le monde) est en train de changer, et peut-être qu’à terme la France arrivera à s’en sortir sans avoir à subir les exactions d’une bande de guignols en costard. D’ici là, ne lâchez rien, parce que comme disait un très bon pote à moi : « Le monde, en moyenne, est un endroit meilleur cette année qu’il ne l’était l’année précédente. »

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Francis VS. The World

Y a des jours comme ça, où on sent qu’il aurait mieux fallu rester au pieu. Le genre de journée qui commence par une engueulade, un licenciement ou une énorme gueule de bois. C’était la dernière option pour Francis. Il avait prit une torche avec ses potes de poker la veille, et en payait désormais le prix. Son visage lui donnait l’impression qu’un connard n’arrêtait pas de taper dessus avec un marteau, et son bide se prenait des coups de botte à n’en plus finir. Journée de merde.

Il se leva tant bien que mal, et alla préparer sa dose quotidienne de caféine, avant de faire offrande de ce qui macérait dans son estomac aux dieux des pochtrons (communément appelés chiottes). Il avala son jus et débarbouilla son visage. Les souvenirs de la veille commençaient à remonter, et ils n’étaient pas tous agréables.

La soirée avait pourtant bien commencé : un petit poker entre potes autour de deux-trois pintes, rien de méchant. Puis s’étaient suivies les tournées de shots, les parties de fléchettes à 3 grammes. Un vendredi soir classique, en somme. Mais d’habitude, Francis se levait frais comme un gardon, prêt à remettre la même en mieux. Qu’est-ce qui avait merdé? Il essayait de se remémorer chaque moment, et ses neurones lui faisaient bien comprendre que c’était une mauvaise idée…
 » Allez, réfléchis couillon… Réfléchis, se répétait-il. Fouilles tes poches, cherche des indices. »

Ce faisant, il remarqua que ses fringues avaient une odeur étrange, et surtout une couleur remarquable : sa veste était couverte de sang, de même pour son futal. Craignant pour son intégrité physique, Francis se déssapa plus vite qu’une pute sous acide et courut vers la salle de bains. Une rapide inspection du miroir lui permit de se rendre compte que son nez était cassé, et qu’il s’agissait probablement de son sang sur ses vêtements. Hormis cela, rien de très grave, mais pas mal de bleus sur l’ensemble du corps. « Tu m’étonnes que tu t’sentes comme si on t’avais cassé la gueule, se dit-il. C’est parce que c’est sûrement le cas, ducon. » Francis décida alors qu’une vraie douche lui ferait le plus grand bien, et reprit ensuite sa recherche d’indices.

Malheureusement, il ne lui restait rien dans les poches, pas un ticket de carte, pas une pièce, rien. Son portefeuille avait disparu également. Sentant l’énervement le gagner, Francis s’empara du premier objet à sa portée (c’est-à-dire une lampe ikea design feng-shui) et l’envoya valser contre le mur. Sans grande surprise celle-ci finit en éclats, et énerva encore plus Francis, qui maintenant devait réparer ses conneries. Il passa donc un coup de balai pour ramasser les morceaux, et ce faisant tomba sur quelque chose de particulièrement étrange : une pièce d’échecs en argent (un fou pour être précis). Celle-ci avait du rouler sous son lit pour s’y cacher. Mais la chose étrange était telle : Francis ne possédait pas de jeu d’échecs, ne savait pas y jouer et s’en battait royalement les gonades. Qu’est-ce que c’était que ce bordel?

Il analysa de plus près le fou, et s’aperçut que sous son socle étaient gravées 3 lettres : W.V.W. Ce qui ne l’avançait absolument pas. Il continua de chercher dans sa mémoire des souvenirs flous, mais ne trouva rien. Et comme notre cher Francis n’était pas du genre à accepter un trou noir comme ça (d’autant plus qu’il avait perdu son larfeuille et que ça l’emmerdait passablement), il décida de se sortir les doigts du cul et de retourner sur les lieux du crime pour découvrir le fond de l’affaire : Le O’Sullivan’s.

Le O’Sullivan’s était un vieux pub des 70′, un bouge miteux et sombre, uniquement fréquenté par des vieux briscards dans son genre. Exactement le type d’endroit où tous les clients se connaissaient et s’appelaient par leur prénom, et où le moindre inconnu qui rentrait sentait instantanément des regards noirs braqués sur lui. Le genre de regards qui voulait dire « Fais demi-tour, casse-toi et ne remets plus jamais les pieds ici. » Et ça, ça plaisait à Francis. Personne pour venir le faire chier lui ou ses potes, une sorte de deuxième foyer (avec un patron en guise de maman).

Arrivé dans le quartier des docks, il prit l’habituelle ruelle où était planquée le pub, et rentra (malgré la plaque qui stipulait « Fermé ») pour tomber nez à nez avec Bob, le tenancier, en train de passer le balai dans ce qui ressemblait autrefois à un débit de boissons.

« – Bordel de merde, Bob! Qu’est-ce qu’il s’est passé ici?, dit-il d’un air ahuri.
– Tu t’foutrais pas un peu d’ma gueule Francis? J’suis en train de réparer vos conneries, voilà c’que j’suis en train d’faire, connard! »

Bien que Bob n’était pas d’un tempérament des plus agréables, sa remarque choqua un poil Francis, qui n’avait pas l’habitude que le tenancier lui en mette plein la gueule. Mais à sa décharge, il fallait reconnaître que l’endroit avait plus l’air d’un champ de bataille que d’un bar : des chaises et des tables brisées en plusieurs morceaux jonchaient le sol, des tas de verres éclatés formaient un tapis scintillant, et quelques tâches de sang par ci par là finissaient d’achever le tableau.

« – Attends attends, commença-t-il, tu veux dire que c’est de notre faute tout ça?
– Et ce s’rait la faute de qui, à ton avis? Tu t’fous d’ma gueule?
– Nan Bob, j’te jure. J’suis vraiment désolé, j’me suis réveillé y a même pas une heure, couvert de sang, et avec zéro idée de ce qu’il s’est passé hier soir.
– Un trou noir? Sérieusement? T’as pas trouvé mieux qu’ça?
– Sans déconner Bob, j’te pipeaute pas. J’ai la tête comme une putain d’pastèque, comme j’ai rarement eu.
– Hmmhmm…, répondit Bob d’un regard appuyé. C’est vrai qu’t’as une sale gueule. ‘Fin pire que d’habitude, j’veux dire.
– Je t’emmerde, Bob, dit Francis, que l’incrédulité de son interlocuteur commençait gentiment à agacer.
– Ouais, ben tu vas t’calmer pour commencer, et après on va causer. Déjà, va choper un balai et files-moi un coup d’main pour nettoyer, ça rattrapera un peu ton cas. »

Ils nettoyèrent donc, bien que Francis eut l’impression de se faire entuber. Mais une fois les lieux un peu plus propres, Bob se mit derrière le bar et Francis s’assit au comptoir, comme à son habitude. Le patron lui servit une pinte (bien méritée) et entama la conversation :

« – Bon, alors. On va commencer simple : de quoi tu te rappelles?
– Mmmmh… J’me rappelle être arrivé avec Mike et Juan, faire notre poker hebdomadaire. Puis il me semble qu’on a fait quelques parties de fléchettes, comme d’hab. Mais après ça, plus rien.
– D’accord… Et tu te rappelles pas du type qu’est venu taper l’incruste après?
– Quel type?, demanda-t-il en toute sincérité.
– Un type chelou arrivé en fin de soirée. Normalement, j’l’aurai viré mais il avait l’air de t’connaître. Il s’est assis à côté de toi pendant que les deux autres se faisaient un p’tit duel, et vous avez commencé à discuter.
– Un type que j’connais? Il avait quelle gueule?
– Ben c’est bien ça l’truc, il portait un chapeau large et un grand manteau qui lui remontait aux oreilles, on voyait pas sa bouille. Tout en noir le mec, on aurait dit un putain d’vampire.
– Ouais, ‘fin les vampires, c’est bon pour les livres de pucelles hein. En tout cas ça m’dit rien du tout.
– Ben ça t’a pas empêché d’tailler l’bout d’gras pendant un bout d’temps hier soir. Jusqu’au moment ou tu lui as tapé d’ssus.
– Moi, j’ai tapé sur ce type?, dit-il d’un air surpris. Beh pourquoi j’lui aurai tapé dessus?
– Alors ça mon gars, j’en sais rien. Toujours est-il qu’il t’a envoyé valser à l’autre bout de la pièce, que Mike et Juan se sont jetés sur lui pour prendre ta défense, et qu’ils se sont fait balader pareil.
– Comment ça balader?
– Comme des moins d’treize, voilà comment. Le type payait pas d’mine, mais apparemment il était plutôt du genre costaud. J’ai commencé à gueuler, mais avant que j’ai eu le temps de lui dire de sortir, il vous a prit tous les trois et vous a jeté par la porte. Et je déconne pas hein, il vous a littéralement « jeté » par la porte.
– Bordel de merde! Et après ça?
– Ben après ça, j’en sais foutrement rien mec, répondit franchement Bob. J’ai voulu appeler les flics, mais j’me suis rappelé que ce s’rait pas forcément une bonne idée, étant donné la gnôle que j’trafique en bas…
– Mouais… Et ben ça m’avance pas plus que ça, ces histoires. Mes couilles! Il avait un nom au moins ce type?
– A moi, il ne l’a pas dit. Mais y’m’semble qu’à un moment, enfin après qu’il t’ait envoyé contre le mur, t’as gueulé « WILFRIIIIIIED ». ‘Fin ça ou un truc qui y r’ssemble.
– Okay, dit Francis d’un ton dépité. Bon, ben c’est toujours ça d’pris. Merci Bob. Et désolé pour le bar, mec. J’essaierai d’te rembourser pour les dégâts.
– Pas d’problème Francis. J’sais bien qu’t’es pas un enculé. Parles-en à Mike et à Juan, peut-être qu’ils en savent plus. Mais franchement, j’en doute. Bon, et maintenant, si tu veux bien m’excuser, j’ai un pub à remettre en état d’marche, quand même.
– Yes. Bon, ben à la prochaine alors, Bob. »

Francis sortit du O’Sullivan’s, et se mit à errer dans les rues, à la recherche de réponses. Qui pouvait bien être ce foutu Wilfried (si c’était bien son nom)? Francis ne connaissait aucun Wilfried, et s’il en avait connu un, il l’aurait très certainement poqué juste à cause de son prénom. Wilfried… ‘Pas un nom, ça, plus une marque de détergent. En tout cas, ça n’éclaircissait pas son affaire pour un sou. Francis se mit en quête de ses deux compères, dans l’espoir qu’ils lui apportent une once de réponse. Mais ni l’un ni l’autre ne se trouvaient à leur domicile, et forcément, il n’avait plus son téléphone pour les joindre non plus. Vraiment une belle journée d’merde…

Foutu pour foutu, Francis se résigna. Il n’avait aucun indice, aucun souvenir de ce type, alors pourquoi s’emmerder. Il ne le reverrait sans doute jamais. Il n’aurait qu’à faire refaire ses papiers une fois de plus (oui, Francis avait l’habitude de prendre d’immondes cuites et de se faire tirer ses affaires. L’alcool, c’est un métier), et puis il continuerait son petit bonhomme de chemin. Il reverrait Mike et Juan plus tard, et peut-être pourraient-ils lui donner une explication. Dans tous les cas, il était l’heure de bouffer, et son estomac le lui faisait bien comprendre. Même sans le sou, il pouvait toujours passer chez Amir pour lui taxer un grec, ce dernier ne lui en voudrait pas.

Il en avait pour une petite trotte à rejoindre l’échoppe d’Amir, et il se mit en route sans vraiment s’en rendre compte, ses jambes faisant le trajet machinalement tandis que ses pensées filaient dans tous les sens. Il n’arrivait pas à s’empêcher de penser à la veille, à ce qui s’était passé, et surtout à se demander qui était ce type, bordel de merde? Même si, dans le fond, il n’en avait strictement rien à branler, quelque chose au fond de lui l’intriguait, comme si quelque chose avait vraiment déconné et qu’il n’était pas au bout de ses peines. Et alors qu’il était en pleine fouille de sa mémoire, son regard croisa une enseigne qui piqua sa curiosité : un club d’échecs. Un foutu club d’échecs.

Après tout, même si c’était une chance sur un million, pourquoi ne pas demander? Peut-être que la pièce en sa possession parlerait à un de ces boutonneux à lunettes. Peut-être que le type qu’il avait croisé hier soir était un nom connu de ce cercle? En tout cas, ça ne valait pas le coup de s’en priver, et sa curiosité était déjà piquée au vif. Il prit une profonde inspiration, et poussa la porte.

L’atmosphère à l’intérieur était pour le moins… Étrange… Des écrans dernière génération étaient accrochés un peu partout sur les murs, affichant des parties d’échecs jouées en direct autour du globe. Il y avait une multitude de tables disposées ça et là, certaines vides, d’autres non. Les murs étaient blancs, mais d’un blanc à faire pâlir un hosto (et ceux qui ont déjà passé du temps là bas savent de quoi on cause). Mais malgré tout cet aspect moderne et immaculé, une forte odeur habitait l’endroit. Le vieux. Ça sentait le vieux. Non, même plus que ça : ça sentait la pourriture, une odeur de mort maquillée. Enfin bref, un truc malsain, louche. Francis ne se démonta pas pour autant, et s’avança au milieu des joueurs, certains relevant la tête à son passage, d’autres l’ignorant complètement. Il vit un type de son âge assis à un bureau dans le fond, binoclard, les yeux rivés sur des feuilles qui avaient l’air extrêmement importantes. Il s’approcha, et le sieur daigna relever la tête pour le considérer.

« – Mmmoui? J’peux vous aider?, fit-il nonchalamment.
– Ouais, p’tet bien. J’me d’mandais si vous sauriez me dire d’où vient ceci. », répondit Francis en sortant la pièce de sa poche.

Le type en question se figea en voyant le fou, et prit quelques secondes pour jauger Francis du regard.

« – Oui, non? Ça vous dit rien? J’suis pas v’nu chercher les emmerdes, hein, dit-il en voyant les yeux hagards de son interlocuteur.
– Non, non, je m’en doute, répondit l’autre. A vrai dire, vous êtes attendu, monsieur. Mr W. nous a prévenu de votre probable arrivée. Prenez l’escalier, dernière porte au fond. Vous ne pouvez pas vous tromper.
– Ah? Comment ça, j’suis attendu? C’est quoi c’t’histoire?
– Ne vous inquiétez pas, monsieur. Vous n’avez rien à craindre.
– Rien à craindre!, s’exclama Francis. Ben encore heureux! C’est plutôt vous qui devriez avoir quelque chose à craindre. Si c’est un coup fourré, j’reviens vous la faire à l’envers, et c’est pas vos gueules de pétochards qui vous sauveront, autant vous l’dire direct.
– Absolument, monsieur. Maintenant, si vous voulez bien, j’ai des affaires pressantes qui m’appellent. L’escalier, je vous prie…
– Hmmm. OK. »

Francis se mit donc en marche, et arrivé à l’étage, se dirigea au fond du couloir. L’atmosphère était pesante, bien qu’il ne sût expliquer pourquoi. Il poussa la poignée, et pénétra dans ce qui semblait être un bureau. Les murs étaient en bois plein, et remplis d’étagères (en bois elles aussi) contenant une multitude de livres. Quelques tableaux décoraient l’ensemble, mais ils représentaient tous des scènes de violence, du sang et des flammes. Au centre de la pièce se trouvait un bureau de noyer (décidément), et dans le fond un feu de cheminée flamboyant. Quelqu’un était assis derrière le bureau, mais la lueur des flammes l’empêchait de voir son visage. Bonjour le cliché, pensa Francis. Il parla en premier :

« – Sympa l’ambiance. Très old scholl, ma grand-mère aurait adoré. Bon, alors? T’es qui? Et c’est quoi c’bordel?, s’exclama-t-il, avant de se raviser. Hmpf. Pardon. Bonjour. T’es qui?
– Mmmmmh… En voilà des manières… Est-ce ainsi que l’on s’adresse à un ami?
– C’est-à-dire? On est amis? J’te connais pas bonhomme.
– Oh, mais si très cher. Ne te rappelles-tu pas?
– Alors déjà, j’suis pas ton très cher, et de deux j’ai absolument aucun souvenir d’hier. Alors tu vas être gentil, te calmer sur les familiarités et m’expliquer c’que c’est qu’ce bordel. Qui t’es, d’où tu viens, et surtout c’que ça a à voir avec moi. Maintenant.
– Oooh, je sens beaucoup d’agressivité dans ce ton. Que dirais-tu de t’asseoir et de discuter avec moi, pour commencer? »

A ces mots Francis se sentit soulevé, et fut projeté vers l’avant, face au bureau, tandis qu’une chaise vint se positionner juste sous son postérieur. Son cul se vissa sur la-dite chaise, comme s’il ne possédait aucun pouvoir sur son corps.

« – Ok, c’est quoi c’délire? C’est une caméra cachée d’mes deux? C’est pour vous foutre de la gueule du vieux Francis, c’est ça? J’vous emmerde.
– Ça n’a rien d’une blague, Francis. Et je te prierai d’accorder un minimum d’attention à partir de maintenant. Nous ne voulons pas qu’il arrive quoi que ce soit de mal, n’est-ce pas?
– Mais va t’faire mettre, vieux furoncle. Commence déjà par me dire c’que j’fous ici, on verra après.
– Et bien, si je ne me trompe pas, c’est toi qui es venu de ton plein gré, n’est-ce pas?
– Ouais, mais je….
– Et pourtant tu me demandes à moi ce que tu fais ici toi-même…
– Mais bordel, j’peux en placer une ou…
– Non, justement, tu ne peux pas. Tu parles trop. Alors, écoute pour une fois. »

Francis se sentit con. Tout simplement. Il n’avait pas l’habitude qu’on lui dise de la fermer. D’ordinaire, c’était plus lui qui incitait les autres à fermer leur claque merde.

« – Vois-tu, Francis. Nous ne sommes pas si différents l’un de l’autre. Tu n’aimes pas qu’on te dise non, et moi non plus. Mais avant que nous allions plus avant, je vais répondre aux questions que tu te poses. Oui, c’est moi l’homme que tu as vu hier, et oui nous nous connaissons. Je m’appelle Wilfried. Wilfried Von Waffen. Et nous nous sommes rencontrés il y a bien longtemps, alors que tu n’étais qu’un enfant. Mais à l’époque, j’étais une autre personne.
– Ah ouais? Et t’étais déjà un connard de magicien ou bien?
– Je te prierai de garder tes réflexions déplacées pour toi. Maintenant, silence. »

Les lèvres de Francis se fermèrent soudainement, et bien qu’il tenta de les ouvrir avec véhémence, il n’y parvint pas.

« – Ça doit te faire bizarre, non? De ne pas pouvoir l’ouvrir. Maintenant, si tu me permets, je vais continuer. Je disais donc : à l’époque j’étais une toute autre personne. Mais lorsque nos chemins se sont croisés, j’y ai vu une opportunité, et cette opportunité m’a fait découvrir… D’autres horizons, disons. J’ai fais ma route, je suis passé par des chemins que tu n’oserais pas traverser, ni même imaginer. Et j’ai fais cela dans l’unique but d’être prêt, prêt pour un jour comme aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle je suis venu te trouver hier soir, au pub. Pour te rappeler ce dont nous avions parlé il y a tant d’années, et qui aujourd’hui, peut devenir une réalité. Mais j’aurai besoin de toi pour ça. Qu’en dis-tu?
– J’en dis que j’y comprends que dalle, répondit Francis, qui venait de retrouver l’usage de sa bouche. J’me rappelle pas d’toi, ni de mon enfance, et encore moins de pourquoi j’devrais être sympa avec un type qui m’a défoncé l’pif.
– Pour ma défense, c’est toi qui m’as attaqué en premier hier soir.
– Et j’devais sûrement avoir une bonne raison. Même si j’m’en rappelle pas, encore une fois.
– Je m’en doute. Vu la quantité d’alcool que toi et tes collègues aviez ingéré, c’est tout à fait normal.
– Donc c’est d’autant plus con d’ta part d’être venu me voir alors que j’étais mort saoul, dit Francis sur un ton de défi.
– Et bien, tu n’as pas tout à fait tort. Mais je pensais pouvoir t’adoucir. Je dois avouer que sur ce point, je me suis trompé. Au final, je t’ai laissé ma pièce, et tu m’as retrouvé. Pas un grand mal, en fin de compte.
– Ouais, bon c’est bien mignon tout ça. Mais si t’en venais au fait? Qu-est ce que tu veux de moi? Hein?
– Oui, tu as raison. Si je suis venu te chercher, c’est pour une bonne raison. Une noble cause, bien que cela risque de sonner différemment à tes oreilles.
– Balance, qu’on en finisse et que j’me casse d’ici, lança Francis, passablement énervé.
– J’ai besoin de toi. Besoin de tes… compétences.
– Mais encore?
– Je veux que tu t’occupes de tes amis, Mike et Juan.
– Que j’m’en occupe? C’est quoi cette phrase à la con? Un mauvais derrick?
– Bien. Que tu les liquides, si tu préfères. Que tu les fasses disparaître, que tu les envoies ad patres, que tu les butes, en gros. Ils doivent mourir.
– Rien qu’ça! Oh mais pas d’problème, monsieur! Vos désirs sont des ordres, monsieur! Et avec ceci? Une sodomie sans vaseline?
– Tes sarcasmes ne font qu’agrandir mon agacement, Francis. Cesse de faire l’enfant. Ils doivent mourir.
– Et pour quelle raison j’ferais ça, hein, tête de con? Pour tes beaux yeux?
– Non, je n’en attends pas autant. A vrai dire, je pourrais t’expliquer en long, en large et en travers pourquoi leur existence doit cesser, mais cela nous ferait plus perdre du temps qu’autre chose, dit Wilfried d’un air nonchalant. Tout ce que tu dois savoir, c’est qu’ils sont mauvais.
– Mauvais, hein? Et je peux savoir en quoi?
– Oui. Tes « amis » Mike et Juan sont en réalité les grands maîtres d’une secte. Une secte responsable d’innombrables morts de par le monde, et qui malgré tout continue de prospérer. Rituels obscurs, guerres personnelles et conflits d’intérêts, voilà ce qui les caractérise. Et j’en oublie.
– Ben voyons. Si mes potes étaient les gourous d’une quelconque religion chelou, j’pense que j’le saurais depuis l’temps.
– En es-tu certain? Vis-tu avec eux? Es-tu en leur compagnie chaque jour qui passe? Peux-tu attester de leurs moindres faits et gestes?
– Bien sûr que non, mais j’vois pas l’rapport…
– Ah oui? Tu serais prêt à leur donner le bon dieu sans confession, peut-être? Juste parce que ce sont tes amis?
– Ben, déjà, j’leur fais plus confiance qu’à toi, c’est clair.
– Pauvre placement de confiance, à mon avis. Mais passons. J’ai sous la main des documents qui te prouveront ton erreur. »

Wilfried sortit une enveloppe d’un des tiroirs du bureau, et en vida le contenu devant Francis. Principalement des photos. Des photos de carnage, pour être exact : des corps mutilés au-delà de l’obscène, en proie aux flammes, les visages déchirés par la douleur. Des femmes, des enfants. La chair brûlée, l’immondice baignée dans un torrent de sang. Et sur quelques photos, Francis put clairement reconnaître la silhouette ainsi que le visage de ses deux amis, sans expression devant l’horreur. Son café remonta d’un seul coup, et il le vomit intégralement sur le bureau.

« – Et bien, Francis, s’exclama Wilfried, on a pas vraiment le coeur solide, à c’que j’vois! »

Francis se redressa, et passa la main dans ses cheveux, pour se donner une contenance.

« – J’ai l’bide en vrac, j’t’emmerde. Et ça, c’est quand même sacrément dégueulasse.
– Le résultat du travail de tes « amis », répondit-il d’une voix calme.
– Et qu’est-ce qui me le prouve? Il va m’falloir plus que des photos pour que j’te croies, bonhomme.
– Malheureusement, je n’ai rien d’autre à t’offrir. Ils sont assez prudents quand à leurs apparitions, et ne se vantent pas de leurs actions, comme tu dois t’en douter. Mais tu dois te rendre à l’évidence, Francis : ce sont pas de bonnes personnes.
– Mais… J’ai jamais rien vu. J’aurais du voir quelque chose, j’suis pas si demeuré quand même.
– Que veux-tu, le Mal est doué lorsqu’il s’agit de faire croire qu’il n’existe pas…
– Ouais, ben en attendant j’vois pas pourquoi j’devrais t’faire confiance non plus.
– Et je ne te le demandes pas. Tout ce que je te demande, c’est de te charger d’eux.
– Et pourquoi? J’veux dire, s’ils sont tellement mauvais, pourquoi tu t’en charges pas, toi et tes tours de magie à la con?
– Je le ferais, si j’en avais les moyens. Ils me verraient venir à des kilomètres.
– Ils t’ont pas vu hier soir, que j’sache. Avant d’te taper dessus, j’entends.
– Mets ça sur le compte de mon déguisement. Et même ainsi, ils connaissent désormais mon visage. Non, c’est impossible. Seul toi peut les atteindre.
– Et pourquoi moi, bordel? Pourquoi pas n’importe quel connard de tueur à gages, hein? C’est pas c’qui manque dans les sociétés civilisées. Alors pourquoi tu m’embarques la dedans, connard?
– Pour deux raisons, Francis. La première étant que je te connais, même si tu l’as oublié. Je sais que je peux te faire confiance. La deuxième étant qu’ils te connaissent, et qu’eux ont confiance en toi. Deux raisons qui font de toi l’homme idéal pour cette tâche.
– Mais j’suis pas un meurtrier, moi! J’ai mon caractère, d’accord, mais j’ai pas pour autant envie d’buter des types!
– Tu m’en vois navré, répondit Wilfried dans un soupir. Mais si tu ne veux pas t’acquitter de cette mission de ton plein gré, je saurai t’y forcer. Je n’en ai pas envie, mais je n’hésiterai pas une seule seconde.
– Ah ouais? Et comment tu vas m’forcer, tocard?, s’emporta-t-il.
– Tout simplement. Si tu refuses, Francis… Je serai contraint d’ôter la vie de tous ceux qui te sont chers, à commencer par ta mère.
– ENCULÉ!!!
– Et si ça ne suffit pas, je m’attaquerais à ton frère, à sa femme et à ses enfants. Ainsi de suite, jusqu’à ce que tu obéisses enfin.
– VIL BÂTARD! Je n’te laisserai pas faire!
– Et comment m’en empêcherais-tu?, dit-il tout en faisant léviter la chaise de Francis. En m’insultant, peut-être?
– AAAAAAAARGH! REPOSE-MOI, CONNARD!
– Soit. Je vais te laisser partir, Francis. Je vais te laisser un peu de temps pour réfléchir à tout cela. Mais si tu ne les as pas occis d’ici 48h, tu verras mon châtiment s’abattre sur ta famille. Nous sommes bien d’accord? »

Francis ne répondit rien. Pour la première fois depuis longtemps, les mots lui manquaient.

« – Bien! Nous sommes d’accord. Rentre chez toi, Francis. Tu aurais bien besoin de repos. Nous nous reverrons bientôt. »

Francis ne vit rien de la route jusque son appartement, trop préoccupé pour se rendre compte que le monde bougeait autour de lui. L’oeil hagard et les jambes lourdes, il poussa mollement la porte d’entrée, et fit quelque pas avant de s’effondrer sur son lit, encore tout habillé.

La nuit était tombée depuis longtemps lorsqu’il se réveilla, la gueule dans le sac, les yeux collants et la bouche sèche. Durant quelques instants, il tenta de se rassurer en se disant que ce qu’il avait vécu n’était qu’un mauvais rêve, et qu’il avait juste trop forcé sur la boisson. Mais il dut se rendre à l’évidence en trouvant le fou dans la poche de sa veste. Ce n’était pas un cauchemar. Ce type, Wilfried, allait buter toute sa famille si lui même ne tuait pas ses amis. Là, on atteignait le sommet de la journée de merde sur l’échelle de Francis. Bien qu’il ait coupé les ponts avec sa famille depuis des années (il faut dire qu’il n’avait jamais eu un caractère facile), ce n’est pas pour autant qu’il souhaitait les voir morts et enterrés. Mais de là à effacer de l’existence ses deux meilleurs amis… Ses deux seuls amis… Francis était en plein dilemme. Et ce n’était pas le genre de choses dont il était friand…

Il passa plusieurs heures à retourner le problème dans tous les sens, à essayer de trouver une solution qui n’implique pas la mort d’un être humain. Il pensa à prévenir sa famille que quelqu’un en avait après eux, mais se ravisa, en se disant (avec une certaine logique) qu’aucun d’eux ne le croirait. « Salut frangin, écoute, ça fait dix piges qu’on s’est pas vus mais faut qu’tu fasses gaffe, y a un type qui va venir vous dessouder ». Effectivement, c’était moyennement crédible. Quand à parler à Mike et Juan… Était-ce vraiment possible? Étaient-ils vraiment les monstres que Wilfried lui avait montré? Francis n’arrivait pas à le croire… Mais pourtant, c’était bien eux sur les photos, leur visage. Leur expression, ou plutôt leur absence d’expression. Bon, cet enfoiré de Wilfried aurait très bien pu modifier les clichés, aujourd’hui tout était possible. Mais bien qu’il ne soit pas expert en la matière, Francis trouvait la ficelle un peu grosse. Non, il y avait quelque chose d’autre… Il chercha dans sa mémoire des moments où ses amis s’étaient absentés pendant un certain laps de temps, ou bien des situations où ils se seraient comportés étrangement… Et bien que cela lui fasse mal au cul, il en trouva.

Francis connaissait Mike et Juan depuis si longtemps qu’il ne se rappelait même pas de leur rencontre. Ils avaient toujours été là, en quelque sorte. Mais après réflexion, c’est vrai qu’il leur arrivait de faire de petites escapades : ils disparaissaient pendant une ou deux semaines puis revenaient, l’air de rien. Francis ne leur avait jamais demandé où ils allaient, dans la mesure ou ce n’était pas ses affaires, et surtout qu’il n’en avait rien à cirer. Il n’était pas leur mère, bordel. Mais maintenant, au vu des dernières nouvelles, cela ne présageait rien de bon. Et il avait beau chercher, il ne voyait pas d’alternative…

Après quelque temps passé à se triturer le cerveau (et à descendre quelques bouteilles en même temps), Francis dut se résigner. Pour protéger sa famille, il n’avait qu’une solution, si douloureuse soit-elle : Mike et Juan devaient mourir.

Une douche et un jambon-beurre plus tard, Francis se mit en chasse (non sans avoir ramassé toute la thune qui traînait chez lui auparavant) : il retourna aux domiciles de ses compères, mais ne trouva aucune réponse. Il décida donc de se renseigner à droite à gauche, pour voir si quelqu’un aurait aperçu les loustics par hasard. Commençant par les lieux habituels (le O’Sullivan’s, les jeux de cartes sur les docks, le bookie du quartier ouest, sans oublier l’allée aux putes), Francis passa plusieurs heures à se promener, sans tomber sur un seul pèlerin qui aurait vu Mike et Juan. Sentant l’énervement le gagner, il fit une pause près du square central, sur un banc qui avait l’air fait pour lui. Profitant de ce moment de calme passager, Francis se mit à réfléchir à tous les endroits où ses collègues pourraient se trouver, des spots qui pourraient éventuellement leur plaire… Sans y voir un putain de début de piste. Et le groupe de gosses qui s’était ramené dans le parc pour jouer commençait doucement à lui attaquer les nerfs, si bien qu’au bout d’un moment Francis se leva et leur mit une belle soufflante :

« – Hey les marmots! Vous allez fermer vos boîtes à conneries, oui? J’en ai plein l’cul d’vous entendre gueuler, je passe une journée d’merde et j’ai besoin d’calme, bordel! Alors DÉGAGEZ!
– Et ben Francis! On a perdu ses potes alors on est bougon? Vieux con, va!
– Qui a dit ça? QUI A DIT ÇA? »

Un des gamins sortit du groupe, les autres se cachant progressivement derrière lui. Francis reconnut Joël, un gosse de la rue qu’il connaissait bien (et qu’il avait sorti de la mouise un certain nombre de fois).

« – Ha, c’est toi Jo. J’me disais aussi, normalement quand j’gueule, les gosses la ferment. Comment tu vas, p’tit morveux?
– J’t’emmerde aussi, Francis, répondit-il en toute simplicité. Ça roule ma foi, j’ai pas trop à m’plaindre. On s’amuse avec les gars, quoi.
– J’vois ça, ouais. Et vous pourriez pas aller ailleurs? J’ai la tête farcie, et vos cris me gonflent un tantinet.
– Le square est à tout l’monde, Francis.
– Ouais, ouais, c’est ça, et mon poing il va finir sur ta… Eh, mais attends? Pourquoi t’as dis que j’avais perdu mes potes?
– Ben, parce que c’est l’cas nan? Depuis c’matin j’entends les gens parler, ils disent que tu les cherches.
– Bordel, j’avais oublié à quel point les langues parlent dans l’coin… Mais ouais, c’est vrai. Pourquoi, tu sais quelque chose peut-être?
– Hahahaha! P’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non! Les infos ça s’monnaye Francis, tu sais bien!
– Petit salopard… Allez, gamin, fais pas chier, répondit-il, quelque peu désabusé.
– Nan Francis! Aboule!
– Pffff… Combien?
– Hmmm, 100 billets?
– 100 Billets? Non mais tu t’es pris pour Al Capone? Allez, va pour 50. (Il fouilla ses poches). Non, 40,  et j’raconterai pas à tes potes toutes les sales histoires que j’ai sur toi, dit-il sur un ton menaçant, mais en gardant le sourire.
– Okay, okay. T’es dur en affaires, tu sais ça? »

Francis sortit de sa poche quelques billets froissés et les tendit au gamin, donc le visage s’éclaira.

« – Ben merde, Francis! J’t’ai connu plus riche!
– Et moi, j’t’ai connu moins chiant. Bon alors, qu’est-ce que t’as entendu?
– Okay. J’ai entendu dire que vendredi soir y a eu une baston en ville, un truc pas cool.
– Ouais, je sais. Et?
– Et ben, il paraît que depuis tes potes se planquent dans un entrepôt tout au bout du quartier nord, dans la zone désaffectée. Je sais pas ce qu’ils y font, mais on entend du bruit la nuit.
– C’est tout?
– Ouais, c’est tout c’que j’ai, affirma Joël.
– Mouais… Peau d’balle, quoi. Mais bon, ça coute rien d’aller y jeter un oeil. Merci p’tiot, fais gaffe à toi hein? Pas d’conneries!
– Tu m’connais Francis!
– C’est bien c’que j’dis. Allez, à plus les mômes. »

Désormais détenteur de l’info dont il avait besoin, Francis se mit en route vers l’entrepôt dont Joël lui avait parlé. Ce petit était un gosse de la rue, voleur menteur et tricheur, mais il n’aurait pas osé tromper Francis. D’abord parce qu’ils se connaissaient bien et que Francis avait toujours été sympa avec lui, mais surtout parce qu’il savait où le trouver dans le cas contraire. Et Joël savait très bien qu’il ne fallait pas trop faire chier Francis.

La route ne fut pas très longue, mais Francis arriva à la nuit tombée malgré tout. Il faut dire qu’il avait passé pas mal de temps à farfouiller dans les recoins de la ville, et il ne lui en restait plus beaucoup à perdre désormais. Arrivé dans la zone désaffectée, Francis chercha l’entrepôt parmi les usines mortes et les structures rouillées par le temps. En toute logique, ce devait être le seul bâtiment encore éclairé. Il ne lui fallut pas bien longtemps pour trouver son objectif, et il s’en approcha discrètement. Des cadavres de voitures pourrissaient ça et là, entourés d’autres engins et divers matériaux aujourd’hui obsolètes. Francis aperçut une fenêtre ouverte d’où provenaient des voix qu’il reconnût instantanément. Il monta sur le toit d’une voiture qui longeait le mur le plus doucement possible, et tendit son oreille, bien décidé à savoir de quoi il en retournait.

« – Okay, c’est bon, le matos est chargé, et prêt à l’emploi. Il nous en reste en bonne palanquée pour la suite, même.
– Parfait, Juan. Des jours sombres arrivent, nous devons être prêts, répondit Mike.
– Je comprends… Bon, et pour Francis alors? Qu’est-ce qu’on en fait? On peut pas le laisser en dehors de ça, c’est important!
– Son heure viendra, ne t’inquiètes pas. Pour le moment, il faut qu’il reste à l’écart, il est loin d’être prêt. Et il a oublié. Chaque chose en son temps. »

Bordel de merde. Francis n’en croyait pas ses oreilles. Ses deux meilleurs amis fomentaient un complot, et ils avaient même prévu quelque chose de spécial pour lui! Wilfried ne s’était peut-être pas foutu de sa gueule, finalement…

« – D’accord… Mais tu sais ce que j’en pense. On devrait s’en occuper tout de suite. Ne pas laisser de place à l’imprévu, dit Juan d’un ton inquiet.
– Rappelle-toi à qui tu t’adresses, Juan. J’ai un plan. Maintenant, va t’occuper des derniers préparatifs. Nous partons à l’aube.
– Très bien, père. »

Père? Depuis quand Mike était le padre de Juan? Que lui avaient-ils caché d’autre? Francis se sentait excédé, la rage lui montait au ventre. Il en avait assez entendu. Descendant de son perchoir, il fit le tour de l’entrepôt pour trouver une entrée un tant soit peu discrète. Mais il lui fallait un plan : il n’avait pas d’arme, et bien qu’il se soit déjà battu plus que sa part dans sa vie, il n’était pas pour autant un assassin. Il se saisit d’une vieille barre de fer (qui aurait pu transmettre le tétanos à n’en pas douter) et d’un bout de barbelé qui traînaient sur le sol. Ça ferait l’affaire. Mais il savait que s’il devait en venir aux mains avec Mike ou Juan, ces derniers l’emporteraient sûrement, étant en supériorité numérique mais surtout mieux bâtis que Francis. Ce dernier le savait de par leur expérience commune et leurs nombreuses bastons de rue : ces deux-là n’étaient pas du genre à tendre l’autre joue et terminaient souvent les bagarres (qu’ils l’aient commencée ou non). Il lui faudrait les prendre par surprise.

La solution lui apparut sous la forme d’une petite porte à l’arrière de l’entrepôt, porte qui par chance ou par flemme avait oubliée d’être verrouillée. En même temps, étant donné qu’ils devaient être les deux seules âmes à quelques bornes à la ronde, ils ne s’attendaient pas à recevoir de la visite. Francis s’infiltra donc et resta tapis dans l’ombre, observant son environnement. L’entrepôt était conçu de telle sorte que le hangar principal occupait les 3/4 de l’espace, laissant à l’arrière quelques petites pièces reliées par un unique couloir (probablement faites pour l’administration). De sa cachette, Francis observait les deux silhouettes affairées à une tâche qu’il ne pouvait deviner. Jusqu’à ce que l’un des deux se dirige dans sa direction. Francis ne pouvait dire de qui il s’agissait à cause du manque de luminosité. Cela ne l’empêcha pas pour autant de serrer les miches au fur et à mesure que la silhouette se rapprochait, mais par chance celle-ci entra dans la pièce adjacente, et Francis, dont le coeur battait à tout rompre, put profiter de l’instant pour se calmer.

Ayant repris ses esprits, il sortit de sa cachette sans un bruit, et suivit sa future victime. La porte était mal fermée, ainsi rentra-t-il sans éveiller l’attention. Juan lui tournait le dos, les yeux rivés sur des machines posées sur un bureau, contre le mur. Mais ce qu’il y avait accroché partout dans la pièce remplit Francis d’effroi : des dizaines d’armes, explosifs et autres munitions étaient alignés sur les murs. Certaines conventionnelles, d’autres si étranges que Francis se demandait s’il s’agissait bien d’armes. Mais il n’avait pas besoin de savoir cela pour le moment : l’adrénaline coulait dans ses veines devant ce spectacle, et le doute n’était plus permis : Juan et Mike étaient dangereux, et il devait débarrasser la terre de leur existence. Francis se saisit du barbelé et approcha silencieusement de Juan, puis l’étrangla avec toute la force dont il était capable. Juan se débattit, mais le sang qui coulait de son cou en abondance l’empêcha d’émettre une véritable résistance. A la grande surprise de Francis ce fut vite terminé, et son dernier souvenir de Juan fut son regard, à la fois effrayé et attristé.

Il prit quelques instants pour se remettre de son acte, mais il savait qu’il n’en avait pas encore terminé. Se relevant, il saisit un pistolet sur le mur, vérifia qu’il était chargé, et sortit de la pièce en s’accroupissant. Au bruit, Francis sut que Mike était toujours dans le hangar principal, occupé à bidouiller quelque chose sur une table. Il prit son temps, marchant lentement mais sûrement, tenant fermement son arme dans la main. Arrivé à l’encablure de la porte, il prit une profonde respiration, et sortit en un éclair.

« – FRANCIS! QUE… »

Mike n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Francis lui avait déjà criblé le corps de bastos. Ce dernier s’approcha doucement, tenant toujours en joue un Mike en train de se vider de son sang. Celui-ci releva la tête, et dans un souffle vacillant prononça ses dernières paroles :

« – Francis… Je… Hurr… Je suis désolé que tu en sois arrivé là, mon fils… Tu as été trompé. C’est ma faute… Trop de secrets… Prends ce livre, dit-il en pointant fébrilement du doigt un épais volume qui se trouvait sur la table. Tu comprendras… Pardonne-moi, je t’en prie… »

Francis ne put rien ajouter, car à ces mots la terre rugit, un bruit sourd et puissant jaillit des profondeurs tandis qu’un éclair blanc l’aveugla pendant de trop longues secondes… Lorsqu’il recouvra la vue, le corps de Mike avait disparu. Seule restait une large tâche de sang au sol… Se demandant ce qui venait de se passer, Francis s’empara du livre, les jambes encore tremblantes. C’était sans nul doute un livre ancestral, à en juger par l’épaisseur de la couverture et du papier, sans oublier son poids. La couverture était nue, aussi lisse que de la peau de chérubin, d’un noir de jais. Francis (toujours choqué par les minutes qui venaient de s’écouler) ouvrit le livre d’une main nerveuse, et ce qu’il lu finit de le déstabiliser.

L’ouvrage était intitulé « Premier Testament », ce qui n’avait absolument rien de logique dans son esprit. Il s’assit, et continua sa lecture : il s’agissait selon toute vraisemblance des écrits du Saint-Père posant les bases de la religion chrétienne telle qu’il l’avait visualisée. Un bouquin écrit par Dieu lui-même, bordel! Francis n’arrivait pas à y croire. Le même message de tolérance, de compréhension et d’amour relaté dans la Bible s’y trouvait, mais il y avait quand même quelques différences notables, à commencer par l’Eglise : dans cette version, elle n’existait tout simplement pas. Dieu ne possédait pas de représentant sur terre, hormis sa descendance. Et en parlant de descendance, Francis en chia pratiquement dans son froc lorsqu’il lut que le Seigneur n’avait pas un fils, mais deux. Jesus était descendu sur terre pour prodiguer conseils et répandre la bonne parole tout en réalisant quelques miracles par ci par là pour rassurer les hommes quand à l’existence du divin, tandis que son frère avait pour mission de se fondre parmi ceux-ci, et d’observer leur comportement entre-eux quand ils se croyaient seuls, c’est-à-dire non surveillés par la toute puissance divine. Une sorte de témoin de l’ombre, remplissant son office silencieusement.

Toutes ces informations ébahissaient Francis, déjà peu porté sur la religion à la base. Les curetons ne lui avaient jamais été d’un grand secours (ni de bons compagnons de beuverie), et il pouvait très bien y avoir un Dieu ou non, ça lui en touchait une sans faire bouger l’autre. Pas son problème… Mais ce qu’il était en train de lire le remuait quand même, d’une manière qu’il n’arrivait pas à identifier avec certitude. Quoi qu’il en soit, il ne pouvait pas rester là : il venait d’assassiner deux hommes, et bien qu’il se soit trouvé dans une zone inhabitée, le bruit des coups de feu avait du se propager à des kilomètres à la ronde. Réalisant soudain sa position, Francis se leva soudainement, submergé par la peur d’être pris en flagrant délit, et fourra le livre dans sa poche avant de prendre ses jambes à son cou.

Il sortit de l’entrepôt en courant, mais ne mit pas longtemps avant de s’arrêter net, constatant que quelque chose avait changé : le ciel était d’un rouge sang couvert de nuages noirs, et l’orage commençait à gronder. Au loin, des flammes jaillissaient de la ville et un tumulte incessant de cris déchirés et d’explosions résonnait. Bordel, qu’est-ce qui avait bien pu se passer? Il se rapprocha tant bien que mal du centre tout en essayant de rester le plus discret possible et de jeter un oeil sur la situation, en passant par de petites ruelles qu’il connaissait bien. Des voitures en feu, des vitres brisées, des rues en pagaille… Ça ressemblait de loin à une émeute. Mais au fur et à mesure qu’il s’approchait, Francis sentait que quelque chose de vraiment merdique se tramait : son bide lui faisait des noeuds d’enfer, à la manière d’un gosse qui viendrait de perdre sa famille, et l’envie de vomir lui montait à la gorge. Il y avait clairement un problème. Et un gros, putain. Ce n’est que lorsqu’il vit un homme tomber du ciel et s’écraser lamentablement sur le bitume (lâché par une sorte de créature ailée vraiment dégueulasse) qu’il réalisa véritablement l’ampleur du désastre : c’était l’apocalypse. La putain d’apocalypse biblique de mes deux, et les démons avaient pénétré sur terre. Et on était pas dans un film de série B pourrie du dimanche soir, non, c’était la réalité, qui se déroulait sous ses yeux. À cet instant, la peur eut raison de Francis, et il s’écroula au sol, tremblant comme une feuille. C’était aujourd’hui que le monde mourrait, et lui aussi allait crever comme un chien, sans n’avoir rien pu faire. Il resta un moment allongé (moment qui lui parut une éternité) à attendre la mort, résigné. Mais elle ne vint pas, et bien que cela lui en couta, il parvint à se remettre debout. Si ce n’était pas son heure, s’il pouvait survivre à la fin des temps, il lui fallait un abri. Et tout de suite.

Balayant les alentours du regard, Francis aperçut une échoppe fermée dans la rue en face. La vitrine était brisée, et après s’être assuré qu’il n’y avait pas âme qui vive autour, il se rua à l’intérieur, et après un rapide coup d’oeil sur les lieux, s’enferma dans un bureau. Le tumulte du désespoir continuait de faire rage au loin, et Francis s’assit un instant pour réfléchir à la situation présente. Il s’était passé beaucoup trop de choses en peu de temps, et son cerveau avait quelque peu du mal à tout assimiler. Il lui fallait faire le point.

OK. Dieu, Jesus et toutes ces conneries d’apocalypse étaient réels. Soit. Mais pourquoi maintenant? Qu’est-ce qui avait bien pu provoquer tout ce bordel? Le livre! Il y avait peut-être une réponse dedans, quelque chose qui pourrait lui permettre de démêler toute cette histoire. Il ressortit l’ouvrage, et le feuilleta à la recherche de passages concernant l’apocalypse. Il en était fait la description en détail vers la fin du volume, et Francis en eut des frissons dans le dos : « Les cieux se couvriront de sang, les éléments se déchaîneront, la Terre grondera et vomira des torrents de lave tandis que les rejetons des Enfers erreront libres sur le Royaume des Hommes, ravageant toute création sur leur passage ». Ouais, on y était clairement, bordel. Par contre, pas un putain de mot sur comment arrêter tout ça. De dégoût, Francis jeta le livre à travers la pièce, et ce faisant une feuille s’en échappa. Une lettre, plus précisément. Il la ramassa, et faillit en tomber à la renverse lorsqu’il vit qu’elle lui était adressée.

« Francis,

Tu dois sans doute avoir beaucoup de questions à l’heure qu’il est, et je ne peux t’en blâmer. J’ai voulu te donner ce livre à tant de reprises par le passé, pour que tu comprennes, mais tu n’étais pas encore prêt. J’ignore si tu l’es aujourd’hui, mais le temps nous manque, et nous avons besoin de toi.

Comme tu dois à présent t’en douter, ce n’est pas un hasard si je t’ai donné ce livre. Le premier livre, l’ouvrage originel, écrit de ma main. Tu es mon enfant, Francis. Tu es celui qui s’est fondu parmi les hommes pour vivre à leur égal. Depuis des millénaires, tu vis en tant qu’Humain, toi le fils de Dieu. Tu m’avais fais promettre de te faire oublier ta divine nature il y a bien longtemps déjà, pour t’accomplir, et j’ai exaucé ta requête, te plaçant au sein de familles à de maintes occasions. Mais ton frère et moi n’avons jamais été très loin de toi. Nous avons toujours gardé l’oeil sur toi, et t’avons accompagné à de nombreuses reprises pendant des vies entières sans que tu le saches, comme nous le faisons aujourd’hui. Mais de sombres heures arrivent, et j’ai désormais besoin que tu rappelles qui tu es, et d’où tu viens. Une horde d’anges déchus au service du malin s’apprête à porter un coup fatal au monde des Hommes, et nous devons agir. Tu es mon fils, et en tant que tel tu disposes de pouvoirs que tu ne peux pas imaginer. Tu dois te rappeler. Viens à moi, et je t’aiderais.

Je suis profondément navré que tu doives découvrir cela dans de telles circonstances et j’en appelle à ton pardon. Mais je t’aime, ton frère t’aime, et ensemble, nous serons capables de rétablir l’équilibre tel qu’il devrait être. Rejoins-nous, mon fils.

Mike »

Putain de bordel de merde. Estomaqué, Francis lâcha la lettre et tomba au sol, ses jambes ne pouvant plus supporter son poids. Que venait-il de lire? Était-ce seulement possible? Pouvait-il vraiment être le fils de Dieu? Il aurait du s’en rendre compte depuis le temps, merde! Francis chercha dans sa mémoire pour se remémorer sa rencontre avec Mike et Juan, mais n’y parvint pas, tout comme il ne parvint pas à se rappeler de son enfance. Était-ce la vérité? Foulait-il cette terre depuis des millénaires sans se rappeler de ses origines? Pourtant, il vieillissait, s’étant vu prendre de l’âge au fil des années. Son corps subissait les outrages du temps comme n’importe quel autre personne. Bon sang, qu’est-ce que ça voulait dire, merde?

Francis tenta tant bien que mal de se raisonner, et de trouve une solution logique à ce problème d’ordre colossal. Mais la tension montait en lui, et des larmes coulaient de ses yeux sans qu’il puisse se contrôler. Si c’était vrai, s’il était vraiment le fils de Dieu, il l’avait tué. Il avait tué son père, et son frère par la même occasion. La colère le gagnait, une rage indicible le prenait, mêlée aux remords et à la peur. Mais dans le même temps, il sentait autre chose remonter vers son coeur, une sensation qu’il n’avait jamais connue auparavant. Ces émotions le firent trembler comme une feuille, et Francis pleura toutes les larmes de son corps tandis qu’une immense chaleur s’emparait de son âme. Cette chaleur s’intensifia jusqu’à en devenir insupportable, brûlant chaque centimètre carré de sa peau, et Francis cria sa rage et son désespoir dans un bruit tonitruant avant de finalement s’évanouir.

Il n’était plus rien. Il n’avait plus de corps. Juste une âme dans le néant, en errance dans un froid glacial. Il resta dans l’obscurité pendant un temps qui lui parut une éternité, avant d’apercevoir au loin une lueur. Dans un élan semblable à une brise il s’en rapprocha, et plus il s’approchait plus il avait l’impression de se réchauffer. Arrivé à un point la lueur l’engloba, et il sentit la chaleur l’envahir alors que la lumière l’aveuglait. Retrouvant l’usage de sa vue (bien que dépourvu d’yeux), il vit un paysage d’un blanc nacré mêlé de bleu ciel, et un sentiment de pureté l’envahit. Au loin, deux silhouettes amicales lui faisaient signe. Il se rapprocha encore, et distingua enfin leurs visages : son père, Jéhovah, et son frère Jésus. La mémoire lui revenait. Ils s’avancèrent vers Francis et l’enlacèrent avec amour. Jamais de sa vie ne se sentit-il aussi bien. Puis, se retirant, les deux le regardèrent d’un oeil attendri, comme pour le rassurer, et son père parla : « Va, fils. Nous nous retrouverons. Redeviens celui que tu es. »
À ces mots, Francis se sentit happé par une force implacable et s’éloigna, doucement, puis de plus en plus vite jusqu’à ne plus voir qu’un tunnel de couleurs indéfinissables se dessiner devant lui, pour enfin s’arrêter brutalement.

Il rouvrit les yeux et toussa avec force, ayant l’impression de s’être prit un mur en pleine face, comme si son coeur s’était arrêté et avait redémarré avec fracas. Il se sentait pire que depuis sa gueule de bois précédente, mais cette sensation passa rapidement alors qu’il se relevait. Il s’aperçut en voyant ses mains qu’il avait changé, étrangement. Cherchant un miroir, il vit son visage et en fut étonné : il avait rajeuni, et pas qu’un peu! De sa cinquantaine passée, il était revenu dans son corps de jeune adulte, et sentait une vigueur nouvelle en lui. Il se trouvait même plutôt beau gosse, à vrai dire. Il se sourit à lui-même devant cette énergie retrouvée, et fut prit d’un élan de sérénité. Il se rappelait qui il était. Et bien que sa mémoire fut loin d’être complète (en des millénaires d’existence, ce n’était pas étonnant), il se souvenait de sa vie, ou plutôt de ses vies, et surtout de ses origines. Mais sa sérénité se changea en hargne lorsqu’il se remémora les évènements récents : il avait été trompé par le démon pour commettre parricide ET fratricide, et bien que son père et son frère soient éternels, ils n’étaient désormais plus en mesure d’agir sur le monde des Hommes reclus dans les cieux. Il ne restait plus que lui pour arranger le destin du monde. Et une chose était certaine : cet enculé de Wilfried allait regretter le jour où il avait décidé de s’amuser avec le fils de Dieu.

Mu par la juste colère de la rétribution Divine, Francis sortit de sa cachette et se mit en marche vers le club d’échecs, bien décidé à péter des gueules par paquets d’treize. Se promenant au milieu des décombres, il ne fallut pas longtemps avant qu’un groupe de décharnés l’aperçoive et le chasse. Mais bien que Francis n’était pas un tendre dans sa vie passée, il l’était encore moins à présent qu’il se rappelait sa divine nature. Alors qu’un de ces êtres dégueulasses lui sautait à la gorge, il le saisit d’une main et l’envoya valser contre une voiture avec violence, propulsant la voiture et la-dite dégueulasserie contre un mur à une trentaine de mètres plus loin. Deux autres bestioles l’agrippèrent ensuite, mais il ne lui fallut qu’une seconde pour se saisir d’eux et leur broyer le crâne d’une seule main. Pitoyables créatures… A la vue de cette immonde branlée, le reste des décharnés réalisa très vite que ce n’était pas un combat qu’ils pouvaient gagner, et ils détalèrent en poussant des cris de chiens battus. Saloperies démoniaques.

Cette petite altercation eu pour effet d’amuser Francis, car il prenait un plaisir extatique à réaliser sa puissance décuplée, mais cela l’inquiéta quelque peu pour la suite des évènements. Ces immondices étaient des créatures des enfers, certes, mais ce connard de Wilfried jouait à un tout autre niveau. On parlait quand même d’une enflure qui avait le pouvoir de le faire léviter à loisir, et qui était certainement capable d’autres joyeusetés de la sorte. Non, si Francis voulait s’en sortir, il allait avoir besoin de plus que ses deux poings. Des flingues. Il lui fallait des flingues. L’entrepôt! Ces trucs qu’il n’avait pas réussi à identifier plus tôt devaient probablement être des armes « spéciale enflure démonique », avec mention tabassage en règle. Voilà ce dont il avait besoin.

Il retourna donc sur les lieux de son crime, et ne fut pas étonné de voir que le corps de Juan avait disparu lui aussi, probablement en même temps que celui de son père. D’un rapide coup d’oeil sur les étagères, il examina les différents canons qui se proposaient à lui, portant son choix sur un fusil bleu et argenté (qui avait l’air de sortir tout droit de l’armurerie de Mr Freeze) ainsi que sur deux flingues de la même sorte, qu’il rangea dans un holster tout neuf. Francis ne savait pas par quel procédé ils fonctionnaient, mais quelque chose au fond de lui lui disait qu’ils étaient faits pour exterminer du démon. C’était tout ce qu’il avait besoin de savoir.

Fraîchement équipé, il reprit sa route vers ce foutu club d’échecs, prêt à en découdre avec n’importe quelle engeance diabolique qui essaierait de lui barrer le chemin. Étrangement, le chemin jusqu’au club fut calme. Les cris et explosions avaient cessé, et une brise morbide soufflait dans les rues désertes. Un peu trop désertes au goût de Francis, qui pressentait le piège, se doutant qu’on lui avait surement réservé un beau comité d’accueil. Mais peu lui importait : il n’était pas venu pour coller des gommettes, et plus il dessouderait d’enfoirés, mieux ce serait. Arrivé au pied du club, il prit une profonde inspiration et poussa la porte.

Les lieux avaient pour le moins… changé. Il n’y avait plus d’écrans, plus de tables, plus de joueurs, plus rien, hormis une vaste salle circulaire avec au centre un espace ressemblant à une arène. Les murs étaient rouges de feu, et suintaient de chair brûlée. Tout autour de l’arène étaient installés une centaine de démons, ailés ou non, des créatures toutes différentes les unes des autres, mais toutes aussi immondes. Enfin, en face de Francis, tout en haut se tenait Wilfried, assit dans une sorte de trône fait d’os et de chair. Alors qu’il pénétra dans la salle, toutes les pourritures tournèrent le regard vers lui, et Wilfried se leva :

« – Mes chers amis, veuillez accueillir le héros du jour! Un tonnerre d’applaudissements pour l’homme qui a tué sa famille et nous a offert cette magnifique journée! »
Les démons se mirent alors à japper et à frapper dans ce qui leur servait de mains, ou au sol s’ils en étaient dépourvus.
« – Alors, comment ça roule mon p’tit père? Pas trop déçu d’avoir flingué papounet? Et ton frangin non plus? Oh, mais dis-moi, t’as fais une cure, c’est pas possible! On dirait qu’t’as changé d’gueule! Pas une mauvaise chose, vu la tronche que tu t’tapais avant! »
Nouveaux éclats de rire débiles. Peu importe, se dit Francis. Ils feraient moins les marioles dans une minute.
« – Tu t’es servi de moi Wilfried, déclara-t-il d’un ton solennel, et tu vas désormais en payer le prix. Je peux te le garantir, petite chiasse de bas étage.
– Oh bordel de merde! Arrêtez tout les mecs, j’en chie dans mon froc! HAHAHAHAHA! Quand je pense que j’ai attendu des siècles et des siècles pour voir ce jour arriver, ben putain ça valait le coup!
– J’en suis pas certain, tu vois… Attendre des siècles pour se faire atomiser la tronche, y a mieux comme plan.Et puis même, quand on y réfléchit, c’est un peu limité. T’as attendu que j’oublie totalement mon identité pour me retourner contre ma famille juste parce que mon pater t’as viré de la boîte? Un gosse de quatre ans trouverait qu’c’est une idée d’merde. Pauvre petit. »
Le sourire sur le visage de Wilfried s’effaça quelque peu, et Francis surenchérit de plus belle :
« – S’il t’a viré, c’est surement que tu devais faire un boulot d’merde, parce qu’ils sont quand même pas mal tolérants là haut. Qu’est-ce qui s’est passé? C’était trop dur pour une petite fiotte comme toi? Tu veux un câlin?
– T-t-t-t-tu ferais bien de fermer ta gueule, Francis! Parce que désormais, et grâce à toi c’est nous les rois aujourd’hui! Papa n’est plus là pour te couvrir, et tu vas crever ici!
– Mouais… J’admets que là d’ssus j’ai pas été au top. Tu m’as baisé la gueule. Mais tu n’auras plus jamais l’occasion de le faire, parce que même si je dois en crever, tu peux être certain que j’aurai bien défoncé ta p’tite gueule de tarlouze avant, répondit Francis calmement.
– C’est ce que nous allons voir… BUTEZ-LE! »

Tous les démons de l’assemblée se ruèrent alors sur Francis d’un seul bond, tandis que celui-ci sauta avec une agilité divine par dessus la masse des connards tout en dégainant son fusil. Il déchargea son arme aussitôt que ses pieds touchèrent le sol, et l’effet créé surprit toutes les créatures (ainsi que Francis) : une gigantesque boule de feu bleue jaillit du canon de l’arme et pulvérisa littéralement une vingtaine de ces saloperies. Une chose était sûre, son frangin n’avait pas lésiné sur la qualité en fabriquant ces flingues. Profitant de la surprise, Francis tira une seconde fois sur la masse incrédule des démons, dont les membres jaillirent aux quatre coins de la pièce.
« -PUTAIN, MAIS PRENEZ LUI SON ARME, BORDEL!!! », hurla un Wilfried qui commençait à flipper comme une écolière.
Alors que Francis se préparait à tirer une nouvelle fois, un démon ailé fondit sur lui et agrippa son canon de ses serres, forçant Francis à tirer au plafond, en faisant s’en effondrer une partie. Mais il ne lâcha pas pour autant son arme, si bien qu’il fut tiré du sol, échappant de peu aux griffes qui s’apprêtaient à le saisir. La pourriture ailée le tira encore plus haut, et mit un grand coup de bec dans son arme, la brisant en deux. Mais alors que Wilfried se réjouissait et que Francis tombait, ce dernier sortit ses flingues de son holster et tira à tout va tout au long de sa chute. Il retomba les deux pieds sur un démon, et lui explosa la tête d’une cartouche. S’en suivit un moment de silence, pendant lequel ses ennemis le jaugèrent du regard, se demandant s’il valait mieux combattre ou fuir. Mais les yeux de Francis étaient équivoques : personne ne sortirait d’ici vivant.

Il se mit à défourailler, voltigeant à travers la pièce à la manière d’un Néo sous stéroïdes, et les corps volèrent en éclats. La panique gagnait les enflures démoniaques, et tandis que certains tentaient de l’atteindre, d’autres couraient effrayés vers la sortie, dans l’espoir d’un salut qui ne viendrait jamais. Trois espèces de centaures en flammes chargèrent Francis, mais il sauta sur la croupe de celui du milieu et décapita les deux autres d’une balle chacun, avant d’arracher les cornes de sa monture et de les lui planter dans les deux yeux. C’en fut vite terminé, et le dernier démon tentant de fuir se prit deux bastos dans le buffet, ne laissant de son corps que sa main griffue accrochée à la poignée de la porte. Francis se tourna alors vers Wilfried, que la peur rendait livide.

« – T-t-t-tu ne t’en sortiras pas comme ça, Francis!, fit-il en essayant de se donner une contenance. Je ne suis pas un de ces merdeux, moi! Je suis une véritable engeance du mal, un démon supérieur! Tu vas périr, enfoiré! »

Tournoyant sur lui-même, Wilfried fit apparaître sa vraie nature : des crocs pointus et des griffes acérées au bout des doigts lui poussèrent, ainsi que deux ailes visqueuses, comme enduites de pétrole. Il s’éleva dans les airs, dépliant ses excroissances au maximum, et regarda son ennemi d’un air menaçant, mais Francis n’avait pas peur : il était le fils de Dieu, et il était là pour botter des culs.

Wilfried plongea vers Francis avec vitesse, tout en essayant de l’immobiliser comme il l’avait fait auparavant. Mais Francis n’était plus un homme, et sa tentative fut vaine. Ce dernier sauta verticalement, et Wilfried lâcha un soupir d’étonnement tandis que Francis lui retombait sur le dos, lui arrachant les ailes d’un coup sec. La créature se roula par terre dans un cri d’effroi, et réalisant sa subite difficulté se mit à donner des coups de griffes dans le vide, dans l’espoir de parer une attaque imminente. Mais Francis ne bougea pas. Il contempla Wilfried d’un oeil impassible, et le mit en joue. Sentant sa dernière heure venir, celui-ci le regarda, d’un oeil rempli uniquement de haine :

« – VA TE FAIRE ENCULER, FRANCIS! Tu peux peut-être me buter, mais tu n’auras jamais les autres! JAMAIS, TU M’ENTENDS? T’es seul contre le reste du monde, et autant te dire qu’on est une armée! Une véritable putain d’armée! Tu crèveras quand même, peu importe ce qui m’arrive! J’ai remplis ma mission, le maître sera fier de moi! Et il te fera chialer comme une pucelle en te faisant subir les pires sévices! TU CRÈVERAS COMME UN CH…!!! »

Wilfried ne put finir sa phrase avec le canon d’un flingue dans sa bouche. Francis le regarda calmement, et réarma le chien de son arme.

« – T’inquiètes pas pour les autres… J’viendrais les chercher aussi. Votre existence touche à sa fin. A commencer par la tienne, petite crevure. Au nom de mon Père, de son Fils, et du Saint 45. Amen. »

BAM!!!

Le corps sans tête de Wilfried s’écroula, et Francis rangea son flingue dans un silence absolu. Le calme qui régnait enfin l’apaisa, et un sentiment de bien-être l’envahit. Il mit le feu à la bâtisse avant de partir, et reprit son chemin sans se retourner. L’aube se levait, toujours d’un rouge sang, mais quelque chose avait changé. Lui. Il leva les yeux au ciel, et eut l’impression de voir une étoile briller, à la manière d’un clin d’oeil. Francis sourit. Malgré tout ce qu’il avait traversé, il n’était pas seul. Quelqu’un veillait sur lui.

Il retourna à l’entrepôt refaire son stock et prendre un repos bien mérité. Mais ce repos ne dura pas longtemps, et Francis se remit en marche vers l’ouest, vers le soleil couchant. Il avait encore une longue route devant lui.

Après tout, la chasse ne faisait que commencer…

I F’cking Love Science

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Perso, j’ai beau avoir fais un bac L (Rabelais représente, tavu), la science me fait toujours kiffer. Et on vit une putain de belle époque pour tout ce qui y touche, ce qui est plutôt cool. Nan, parce que du 11ème au 16ème (pour faire court, hein) c’était pas la même. Demandez à Galilée. Mais passons.

La science, c’est un domaine rempli de types qui passent leur temps à se demander « Pourquoi et comment ça marche? », et qui peuvent y passer des plombes, hein. Je trouve ça passionnant. Et quand je vois ce dont l’Homme est capable aujourd’hui, ça me donne un peu d’espoir pour l’avenir (qui aurait tendance à puer du cul depuis quelques années).

Alors, si vous avez un tant soi peu d’intérêt pour tout ce qui touche à l’infiniment grand et à l’infiniment petit, je vous conseille d’aller faire un tour par là :

I F’cking Love Science

Un site qu’il est fait par des gens biens, et qui se tient au courant de toutes les dernières avancées, que ce soit dans le domaine médical, dans la recherche spatiale, dans la biologie ou encore dans tout ce qui a un rapport avec la Technologie ou bien l’environnement de manière globale (pour ne citer que ceux-ci). Alors allez donc y faire un tour, et dites-leur que vous venez de ma part (ils s’en foutront complètement mais ça me fera toujours plaisir).

Par contre c’est en anglais les mecs, alors j’espère que vous avez un peu bossé sur les bancs de l’école, sinon vous n’y biterez rien. Et ce s’rait vraiment dommage.

Lead Me

Ça, c’est un truc de badass. Ce que vous avez sous les yeux est le résultat du travail d’un type, et d’un seul : Omar Meradi. Et je trouve ça complètement ouf. Bon, ok j’exagère, la musique a été faite par quelqu’un d’autre, un monsieur qui s’appelle Doug Kaufman. Mais pour le visuel, le mec a fait ça tout seul avec ses petites mimines, et quand on voit le résultat, j’ai envie de dire GG buddy. Respect. Bref. Matez-moi ça :